« Ave Caesar », ce soir le peuple te regarde

Le Figaro.fr

Dimanche, enfin, nous connaîtrons le nom du futur locataire de l’Elysée. Pour l’instant les dieux semblent hésiter, et certains éliminés du 1er tour ont l’impression de vraiment revivre en découvrant que,  bien que défaits, ils sont devenus les maîtres du jeu.

 Pire, leurs troupes laissent entendre que notre démocratie est une triste chose, qu’en réalité elle n’existe pas puisque leur maître à penser  (Jean-luc Mélenchon) est désormais cantonné dans un rôle de figurant. Pour eux il s’est fait voler la vedette par les deux prudents du concours .

 D’abord par Emmanuel Macron qui, au premier tour, a joué les abonnés absents, préoccupé qu’il était par la guerre en Ukraine. D’une certaine façon il s’est défaussé pour ne pas se brûler les ailes dans des confrontations de deuxième division.

Mais aussi par Marine Le Pen qui, jusqu’aux toutes dernières semaines a joué la discrétion en s’abritant derrière les excès flamboyants d’Eric Zemmour. « L’idiot utile » a engrangé pour elle les électeurs extrémistes.   A lui, les vociférations sur les problèmes d’intégration et  les votes partisans qui en découlent  ;  à elle, une nouveauté : moins d’excès, mais au contraire des exigences classiques en matière de pouvoir d’achat. 

. Cette «  captation d’héritage » est certainement l’un des meilleurs coups réalisé par « la fille de son père » depuis qu’elle lui a succédé à la tête de l’Extrème-Droite. Et ceci parce qu’au final, les deux votes ne s’opposent pas. Au contraire, ils se complètent et ainsi renforcent Marine Le Pen.

Pour les deux rescapés, un nouveau match a commencé. La prudence et la retenue ont payé au 1er tour, il n’en est désormais plus question. C’est le tout ou rien. 

Mais les pronostics restent incertains comme le montrent beaucoup de sondages. Et ceci d’autant plus que  les deux candidats ont un point commun : l’un et l’autre suscitent un véritable rejet d’une partie des Français.

La compétence de l’un ne suffira pas, comme ce fut le cas en 2017, pour l’assurer de la victoire. Il lui faudra enfin atteindre ce supplément d’âme qu’il a cherché en vain pendant 5 ans et qu’il n’effleure que lorsque les difficultés s’amoncellent. 

La nouvelle image, quasi maternelle, que veut se fabriquer l’autre, sera  inefficace, parce que peu crédible. Elle veut être protectrice, elle n’arrive pourtant pas à se débarrasser de son chapelet de menaces outrancières et de sa litanie d’incompétences notoires.

Le débat qui va les opposer est certes crucial mais il n’est pas certain qu’il brille par son objectivité.

Qu’est-ce qui peut départager les deux postulants ?

A l’évidence la qualité des programmes peut être déterminante, mais chaque électeur les jugera, et c’est normal, en fonction de ses préférences personnelles. Il ne demandera qu’à croire en ces mirages qui  inventeront des solutions sensées résoudre ses propres problèmes.

L’objectif essentiel d’une élection présidentielle doit être plus ambitieux, il doit surtout répondre aux intérêts fondamentaux du pays lu!-même.

Dans cette optique, les réponses apportées à deux questions peuvent permettre de faire un choix décisif. 

   La 1ére  consiste à se demander si le programme de chaque  candidat est compatible avec l’Union Européenne ? 

 Les Français dans leur grande majorité n’en doute plus : l’Europe est devenu une structure  indispensable dans la plupart des domaines. On l’a vu sans ambiguïté lorsqu’il a fallu lutter  contre le désastre économique  généré par le  Covid. Sans l’Europe, le naufrage de la France eut été difficilement évitable.

Dans ces conditions un positionnement à la hongroise ( c’est à dire européen, mais pas trop et toujours remis en question ) tel que semble l’annoncer Marine le Pen, n’est certainement pas un point positif pour elle.

La 2eme question interpelle sur la pérennité actuelle de notre démocratie.

 Compte tenu des difficultés actuelles de notre démocratie représentative ( abstention de plus en plus conséquente, violence de la rue, disparition des grands partis traditionnels, contestation parfois systématique du pouvoir central etc …) se pose la nécessité urgente de modifications profondes de nos institutions. 

Quel est alors celui des deux candidats qui accompagnera le plus efficacement cette volonté de réforme et rendra possible une cohabitation entre les partis et responsables politiques  ? 

 Ici encore c’est Marine Le Pen qui est le moins en situation de parvenir à ce minimum d’union.

La logique s’impose, c’est le candidat le plus au centre qui potentiellement peut répondre à cette urgence.

Encore faudra-t-il, s’il est élu, qu’Emmanuel Macron le soit confortablement. Tout va donc dépendre de l’écart de voix qui au final séparera les deux candidats.                    

Si celui-ci est faible, les élections législatives du mois de juin ajouterons encore au désordre, et le temps des aventures, de la régression et du désastre économique deviendra notre avenir, pour des années.