Les vases communicants

Capital.fr

Dans Les Echos du 4 Avril Jacques Attali nous avait prévenus : Marine Le Pen peut gagner l’élection présidentielle.

Les sondages des deux derniers jours paraissent valider ce pronostic. Emmanuel Macron semble placé sur un toboggan alors que dans le même temps son adversaire ne cesse de progresser. La campagne de l’un est plutôt terne, alors que celle de la candidate RN semble beaucoup mieux adaptée aux attentes des électeurs. 

Résultat immédiat : les sondages les plus récents annoncent sa montée en puissance et donc, un résultat final bien éloigné de la hiérarchie qui s’était installée au début du mois de mars.

         Est-ce certain ? Les courbes des deux principaux candidats vont-elles se croiser, et cela définitivement ?

Ce n’est pas évident car les équilibres fondamentaux n’ont en réalité pas vraiment changé.

Un double constat peut en apporter la démonstration.

Le premier consiste à ne pas oublier  que dans les premiers jours du mois de mars Emmanuel Macron (pronostiqué alors à 33-34 %) a bénéficié d’une sorte de dumping , grâce à « l’effet drapeau » généré par la guerre en Ukraine et estimé  raisonnablement à 6 points par la quasi totalité des observateurs.

 Alors que dans le même temps, début mars, les sondages accordaient seulement 17% des intentions de vote ( sondage Elabe pour BMF) à Marine Le Pen. Soit un différentiel proche de 10 à 12 % au bénéfice de l’actuel Président.

Aujourd’hui la situation semble profondément modifiée puisque les sondages accordent pratiquement tous 23 à 24% à Marine Le Pen.

Mais un examen plus attentif ( c’est le deuxième constat)  montre que la situation a beaucoup moins évolué que certains commentateurs le pensent et l’affirment.

 Et ceci pour la simple raison que le changement provient essentiellement de la défaite progressive d’Eric Zemmour dans sa bagarre avec Mme Le Pen pour conquérir le leader-chip de l’Extrème-Droite. 

Tous les deux se combattent mais pourtant, au final, ils constituent un véritable bloc électoral : l’Extrême-Droite.

A partir de de cette remarque, on constate que ce bloc représentait pour la plupart des sondeurs : 

début mars : 31% des électeurs potentiels. Soit 17% pour Le Pen et 14% pour Zemmour.

                          début avril : 32% . Soit 23% pour Le Pen et 9% pour Zemmour.

Le « principe des vases communicants » joue donc à plein. Mais le volume d’eau n’a pour l’instant pratiquement pas changé. 

Tout au plus le transfert encore partiel entre les deux candidat montre à l’évidence que seules les ambitions de l’ancien journaliste sont quasiment réduites à néant.

Pour l’instant une quasi certitude s’impose : la présence de Marine Le Pen au second tour. (Jean Luc Mélenchon aura gagné le concours d’éloquence mais ne sera pas le futur locataire de l’Elysée). Même si lui aussi a bénéficié du principe des vases communicants avec ses concurrents Ecolo ou PC. La Gauche très faible ne peut aujourd’hui plus rien lui donner).

Le 1er tour va donc nous fournir des éléments essentiels pour pouvoir, ou non, envisager une victoire finale de Marine Le Pen. Mais d’ores et déjà la prudence et le doute s’imposent car sa marge de progression est réduite :

on peut douter d’abord que la majorité des électeurs, restants, encore favorables à Valérie Pécresse, rejoignent maintenant Marine Le Pen. S’ils avaient dû le faire, ils auraient depuis longtemps quitté le camp des modérés. Leur tendance naturelle et forte ne peut que les conduire dans le camp centriste de l’actuel Président.

L’ultime espoir de Marine Le Pen repose paradoxalement sur la Gauche.

– Si celle-ci est raisonnable et si elle reste fidèle à ses anathèmes, la messe est dite, les espoirs de l’Extrême Droite s’envoleront. Sauf à imaginer que les électorats ouvriers et employés captés jusqu’à présent par Jean Luc Mélenchon, tournent casaque et par un virage à 180 degrés et rejoignent leurs camarades du bord opposé. 

               – Si cette Gauche devient totalement folle par rancoeur ou par calcul ( l’espoir d’élections législatives favorables à ses composants ou par la pagaille énorme que génèrera l’élection de la prétendante) le 23 avril peut être ensoleillé pour la fille de Jean-Marie Le Pen.

Ce serait alors une toute autre histoire pour la France et pour l’Europe

Est-ce bien raisonnable ?