Tempête sur la démocratie

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La plus ancienne et la plus orgueilleuse démocratie contemporaine est sous le choc. Elle prétend diriger le monde et voila qu’à la fin du mandat de Donald Trump, elle offre un spectacle qu’un de ses anciens présidents, Georges Bush junior, estime digne d’une république bananière.

Le monde entier et surtout l’Europe, sont atterrés. Le point fixe, au tour duquel s’organisait largement la planète entière, vole en éclats. Et cela parce que des milliers d’américains, manipulés par un Président que, l’on devinait malade mental, nient les résultats d’une élection et envahissent le Capitole, symbole de la démocratie américaine.

Quel revanche pour les pays sans lois, soumis au bon vouloir des régimes autoritaires ou dictatoriaux ! Le bon élève n’aura plus de leçon à donner.

Quant à nous, l’opération « Capitole » doit nous faire réfléchir et nous inviter à la modestie. Notre démocratie est-elle à l’abri d’une agression du même type ? Est-il irrationnel de voir dans les illuminés trumpistes, les cousins de nos gilets jaunes ?

Il y a des points communs entre les participants aux deux mouvements :

                             – d’abord leur autosatisfaction et leur narcissisme. Ils n’ont de cesse de se filmer avec leurs smartphones. Ils se contemplent et s’enregistrent, petits héros d’une loufoquerie, dans les rond-points de nos villes ou dans la rotonde du Capitole.

                             – autre point commun, leur addiction aux  réseaux sociaux. Ceux-ci renforcés par les fake-news, deviennent des armes de manipulation de l’opinion publique.

           – enfin dernière similitude : le rejet profond et systématique des élites de leurs pays. Les uns et les autres sont persuadés que ces personnages n’écoutent pas les citoyens ordinaires. D’où leur mépris de la haute fonction publique en France et celle des élus Démocrates pour les trumpistes.

 Pour ces derniers, la caste composée par les fidèles d’Obama, Clinton, et bien sûr Biden, ne fait pas partie du peuple.

Au contraire, Trump leur héros, en est le représentant légitime! Il parle et pense comme eux  avec un vocabulaire simple, percutant et souvent grossier. En somme, véritable paradoxe, lui le milliardaire, il est leur délégué, l’ émanation enfin au pouvoir des aigris et des laissés- pour compte.

Avec ce constat apparaît, entre les deux groupes, la première dissonance.

Certes les deux groupes sont anti-élites.

Mais si pour les Gilets jaunes, le Président Macron est l’homme à abattre, parce que trop représentatif de cette classe dirigeante qu’ils ne supportent pas ; pour les trumpistes au contraire, leur Président ( même si par définition il est au sommet des élites)  est l’homme à protéger. 

A cette première différence s’ajoute enfin un autre fossé, celui de l’idéologie.

D’une certaine façon, l’idéologie des gilets Jaunes repose sur l’exigence d’une protection de plus en plus importante. La même que celle vantée et installée par les partis de Gauche. Leur sujet de préoccupation et de motivation n’est pas la Nation, mais les individus. 

C’est sans doute pourquoi, sans problèmes de conscience, ils ont saccagé  l’Arc de Triomphe, l’un des symboles de la France. 

Pour les trumpistes, il en va différemment. Leur objectif essentiel est l’Amérique » et seulement l’Amérique. Ils ont envahi le Capitole pour, disent-ils protéger leur pays, les USA.

Le fait que Biden prévoit des lois éminemment sociales ne les intéressent pas. Ils ne se privent pas de le dire : le socialisme est en réalité l’horreur absolue pour tout Américain qui se respecte.

C’est clairs, les cousins ne pratiquent pas la même religion.

 Pour les Français, la priorité c’est leur protection. 

Pour les Américains c’est la liberté et la grandeur de leur pays. Pour cet raison, Trump le milliardaire est cet oiseau rare et fou qui entraine derrière lui des millions de rêveurs qui se croit encore au temps de la conquête de l’Ouest.

La compétition est ouverte pour les prochaines années. Quelles sont les plus délirantes de ces deux folles armées : celle des pirates du Capitole ou celle des démolisseurs de l’Arc de Triomphe ?

Une question essentielle désormais s’impose : la démocratie est-elle encore possible dans le nouveau monde qui s’installe peu à peu dans nos vieux pays ? Est-ce aujourd’hui pour la grande majorité d’entre nous une exigence incontournable ou, plus tristement, une vieille rengaine dépassée ?