La quadrature du cercle

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Le Point

 

On l’a oublié : les épidémies sont choses courantes, 100.000 morts en France avec la grippe asiatique de 1957, plus de 30.000 avec celle de Hong Kong en 1969. Malgré leurs très importants taux de mortalité, elles ne se sont que très rarement inscrites dans notre mémoire collective.

Un tel oubli nous paraît incroyable tant les médias nous ont abreuvés ces derniers temps d’alertes continues et tant notre vie de tous les jours a été mise entre parenthèse par le statut de confinés qui est le nôtre depuis près de deux mois. A cela s’ajoute une exigence difficilement imaginable il y a un demi-siècle. Désormais nous attendons de la science qu’elle nous protège de toutes les maladies, voire qu’elle fasse disparaître la mort.

Cette pandémie, compte tenu de l’évolution géo-politique et économique de notre planète, nous pose ( et particulièrement aux démocraties) un véritable défi qui s’apparente à la résolution de la quadrature du cercle. En effet il nous faut aujourd’hui selon Hubert Kemph :

– d’abord maitriser, réduire et cantonner la catastrophe sanitaire. Tâche d’autant plus ardue que nous n’y étions pas préparés et que nous n’avons ni traitements, ni vaccin. A en croire certains scientifiques nous sommes même quasiment dans le brouillard.

– ensuite, dans la bataille qu’ont engagée les démocraties, respecter les libertés publiques. Vaste problème, (dont ne vont pas s’encombrer les dictatures et autres régimes autoritaires), qui va constituer par exemple pour la France un frein d’importance. Il n’y a qu’à voir les débats quasi byzantins qui sont engagés à propos de l’application « stop covid19.

-troisième, et dernier défi, sauver l’économie.

Jusqu’à ces toutes dernières semaines nous avions quasiment occulté le problème. Il éclate désormais au grand jour, nous ne pouvons plus jouer les autruches. A titre d’exemple, la solution du chômage partiel mis en place rapidement par le gouvernement a servi d’analgésique puissant mais ce temps du « rasage gratuit » est désormais terminé, le coiffeur est à bout de souffle ! Des pans entiers de notre économie sont en jachères, nous sommes au bord du gouffre, il est temps que nous nous réveillions et que nous sortions des paradis artificiels !

L’affrontement qu’avait installé depuis quelques années la mondialisation va réapparaître,  plus violent. La guerre économique entre Chine et E.U va se développer encore, l’organisation planétaire de la production va être remise en question, ne serait-ce que pour nous assurer un minimum d’indépendance vis à vis de la Chine. Cela n’ira pas sans  un repli sur nos bases  nationales, mais à la condition élémentaire que nos coûts de production soient un minimum compétitifs.

En réalité, toute l’économie risque d’être bouleversée. D’où les interrogations et les changements qui vont se produire dès les prochains mois, en matière de niveau de  vie, d’emploi, de retraites, d’impôts etc, etc …

Dans ce contexte et devant l’énormité du défi se pose la question de la faculté de notre pays à franchir l’obstacle.

On peut exprimer quelques doutes à ce sujet.

Ce pessimisme trouve son origine dans notre nature profonde telle qu’elle apparaît à la plupart des observateurs.

C’est ainsi que là où l’unité nationale devrait s’imposer, nous optons comme d’habitude pour la polémique systématique et pour l’expression, totalement inadaptée, de positionnements politiques ou idéologiques. Le naturel revient au galop, nous jugeons, tranchons, excluons et nous n’envisageons pas le moindre armistice. l

Là où, pour repartir de plus belle, nous devrions privilégier l’initiative, on nous annonce des normes pléthoriques que l’on croirait inventées par George Feydau pour Bouzin le clerc de notaire du«  fil à la patte ». Certains syndicats  sortent déjà leurs pics et leurs boucliers et déclarent qu’ils n’est bien évidemment pas question de modifier en quoique que ce soit les modalités et le temps de travail.

D’une certaine façon  nous annonçons la couleur : rien ne doit  changer ! Nous devons conserver contre  vents et marées nos acquis. Nous sommes les rentiers du statut-quo.

Pire, nous croyons que nous sommes encore un grand pays, alors que nous ne jouons plus qu’en deuxième division. Pour le  philosophe Marcel Gauchet, la vérité de cette crise c’est le déclassement français

Et pourtant, malgré les obstacles, le changement est déjà en route contrairement aux diktats de  certains. Il n’y a qu’à observer d’un peu près le bouleversement subreptice qu’est en train d’installer le télé-travail. Qui aurait cru, il y a seulement quelques semaines, que l’organisation de beaucoup d’entreprises ( PSA en tête) allait être profondément modifiée ?

Mais le terrain est miné, il n’y a qu’à voir la dernière  « plaisanterie » de la CGT. Dans sa guerre perpétuelle contre les entreprises, elle vient d’obtenir de la justice pour une ridicule question de forme, la remise à plus tard de l’ouverture de l’usine Renault de Sandouville près du Havre. La centrale de Philippe Martinez aurait voulu montrer que l’intérêt du pays passait bien après ses propres intérêts qu’elle ne s’y serait pas pris autrement.

L’Histoire est remplie de ces fautes qui génèrent des cataclysmes chez leurs responsables.

Si cela se produit, cela ne fera pas pleurer dans les chaumières. L’immense majorité des salariés de Renault-Sandouville ne peut que suivre Laurent Berger  lorsqu’il traite « d’irresponsable » la vieille et ringarde centrale de Montreuil.