Retour vers le passé

images-1
La croix

 

Un philosophe grec l’a dit clairement, il y a plus de 2000 ans : l’Histoire est un éternel recommencement. Comment ne pas être d’accord avec ce jugement quand on observe ce qui se passe aujourd’hui. La politique entre les nations c’est, plus que jamais « retour vers le passé ».

Le premier c’est le retour à brides abattues  sur la scène internationale d’un Etat qui paraissait voué à la rétrogradation.

Le second c’est la réapparition, dans d’autres pays, de politiques qu’ils avaient délaissées au cours du 20em siècle.

Le premier rebond c’est celui de la Russie.

Elle occupe désormais le devant de la scène, alors qu’il y a à peine trente ans, sous l’identité d’URSS, elle était ravalée avec la chute du Mur de Berlin au rang des sinistrées de la grande Histoire.

Or en quelques années, malgré une situation économique encore fragile, elle est devenue incontournable partout dans le monde.

C’est particulièrement vrai au Moyen- Orient où rien ne peut se faire sans son assentiment. C’est ainsi que, contre la communauté internationale et à la grande satisfaction de l’Iran, elle a sauvé en Syrie le régime chiite et dictatorial de Bachar EL ASSAD.

A ce premier coup d’éclat vient s’ajouter aujourd’hui son intervention décisive auprès de la Turquie. Celle-ci a accepté, dans le conflit avec les Kurdes, les recommandations de la Russie et sûrement pas les mises en demeure des Etats Unis. Echec et mat ; Poutine est bien meilleur joueur d’échec que l’ineffable Donald.

Mais ce retour en fanfare ne se limite pas au Moyen Orient. D’ores et déjà l’Afrique constitue le nouveau champ de manoeuvre de la Russie régénérée. Son poids sur le continent africain est clairement annoncé . Si en 1992 la Russie a fermé neuf ambassades, aujourd’hui ambitieuse et omniprésente, elle accueille 40 chefs d’Etats africains pour un sommet à Sotchi sur les bords de la Mer Noire.

Le deuxième retour c’est celui de l’isolationnisme dans deux pays qui semblaient peu ou prou l’avoir abandonné au cours du 20eme siècle : Les E.U et la G.B.

        

Les Etats-Unis tout d’abord ou sous l’impulsion de Trump et de son « USA first » l’Amérique a quitté son rôle de protecteur interventionniste pour revenir quasiment à la doctrine de Monroe pratiquée pendant tout le 19em et le début du 20em.

En somme la démarche est désormais simple dans son principe : on se défausse des responsabilités inhérentes à une grande puissance politique et on ne retient que les seuls objectifs économiques et entrepreneuriaux.

Une grande partie du monde est tourneboulée par cette forme d’abandon. Qu’importe, la majorité des Américains n’a pas encore perçu combien est vain ce changement de cap !

Pour la G-B c’est le retour vers une politique quasi millénaire qui est en train de s’installer.

Tous temps Londres a fait en sorte que règne l’équilibre européen, qu’il n’y ait aucun pays dominant , qu’en somme s’installe à demeure la discorde sur le vieux continent. C’est pour cette raison que depuis 1957, date du fondamental Traité de Rome, elle  a tout fait pour saboter l’apparition d’une communauté européenne. C’est ainsi que face à la Communauté économique elle a été, en 1960, à l’initiative de la création d’une organisation concurrente l’AELE ( Association Européenne de Libre Echange)

Ce fut un échec ! c’est pourquoi dans un deuxième temps elle supplia Bruxelles de l’accueillir. Nouveau cheval de Troie elle échoua à détruire vraiment la Communauté qui malgré tous ces défauts était devenue quasiment incontournable.

Sans doute en sommes nous arrivés au point où il lui fallait choisir entre son enfermement à Bruxelles ou l’indépendance solitaire à Londres..

Pas facile. C’est pourtant ce qu’elle a fait il y a trois ans. Elle a décidé de larguer les amarres en optant pour le Brexit.

Mais rien n’est assuré pour elle. Où sera-t-elle la plus forte et la plus résistante ? Solitaire dans son ile ou pays parmi d’autres, dans le conglomérat technocratique de 28 pays qui, au fil des ans, s’est substitué à l’Europe de l’origine.

Le Brexit est pour quelques semaines encore une sorte de pantalonnade mais au final inéluctable. Ce qui (c’est assez probable) n’est pas forcément une mauvaise chose pour les pays fidèles à l’Europe dès la première heure, en 1957. N’en déplaise au casse-tout Boris Johnson !

C’est si vrai que les observateurs ont parfois l’impression de percevoir une supplique discrète venant d’une très large partie de l’opinion britannique : « retenez-nous ou nous allons faire un malheur ; pour nous … et pour vous ».