Lassitude et désenchantement

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Paris-Match

 

Les optimistes ( il y en a encore) pensent que la conférence de presse de jeudi dernier a sonné la fin de la récréation pour les gilets jaunes.

On peut en douter !

Même si les cohortes de manifestants s’amenuisent de semaines en semaines. Même  si certains éditorialistes, comme celui des Echos (quasiment en état de lévitation) estime que cette rencontre avec les journalistes a permis de découvrir «  un chef d’Etat qui a enfin compris l’âme de ceux qui l’ont élu, comme le coeur de ceux qui ne l’ont pas élu ».

La réalité est plus prosaïque, nous sommes encore loin de la paix civile pour au moins deux raisons :

          • la première réside dans l’irréalisme des gilets jaunes.                 

ces derniers se sont enfermés dans une sorte de bulle. Leurs premiers succès les ont grisé. Seuls, et en dehors des structures habituelles de contestation, ils ont obtenus ( contrairement  à leurs dénégations) des avancées considérables.

Ce qu’ils nient, contre toute évidence. Ils s’en tiennent à l’adage populaire selon lequel, le client a toujours raison, L’Etat, selon eux, doit se plier au moindre de leur désir, fut-il farfelu. C’est normal disent-ils : ils sont le peuple. Et qu’importe les réalités économiques.

Ils exigent tout de l’Etat, même l’impossible.

Dans le même temps – (mais on ose à peine le dire)-

ils refusent de s’attribuer la moindre responsabilité dans leur situation actuelle ; dans leur travail, leur carrière et même dans leur propre vie familiale. Ils sont, tous, toujours, des victimes qui meurent de faim !

En définitive, il refusent d’admettre qu’ils appartiennent à un pays qui,  dans le domaine social, n’a pas beaucoup de leçons à recevoir du reste du monde.

l’image clivante  du Président

N’en déplaise à ses censeurs habituels, Emmanuel Macron affronte cette rébellion avec un courage et une ténacité que certains de ses prédécesseurs sont très loin d’avoir eu !

Mais depuis le début de cette fronde, il s’est lui même piégé en n’arrivant pas à rompre avec son image de produit de la très haute administration et de la haute finance.

Ses boutades et ses provocations fréquentes ont certainement pour objectif de le rapprocher de la base mais en réalité elles sont ressenties par une partie de son auditoire comme une forme de dédain de sa part. Il est solide et ambitieux dans sa réflexion et ses projets. Mais dans l’exposé de sa politique, il s’envole vers les sommets et oublie souvent que son auditoire e n’est pas toujours armé pour comprendre ses interminables dégagements. En somme il a fait un cours de faculté de droit à des élèves de classes primaires. C’est à dire totalement inadapté à son auditoire

Au final l’expression est brillante et longue, trop longue et se transforme en marathon oral obscur.  A un point tel qu’il aura fallu attendre l’analyse des spécialistes pour découvrir réellement l’inventaire complet des mesures envisagées.

Cela tombe très bien pour les Gilets Jaunes car dans leur très grande majorité ils ne veulent surtout pas être convaincus !

Le divorce semble définitif. C’est si vrai que, peu à peu, on réalise que les mesures annoncées au cours de ce rendez-vous interminable ne concernaient que très peu les gilets jaunes, mais beaucoup plus précisément, les électorats de droite (les retraités) et de gauche ( les fonctionnaires) qui peu à peu étaient en train de l’abandonner.

Sur le fond, le Président a fait le pronostic que la bataille était terminée et gagnée ; qu’il n’y avait donc pas lieu de sauver la face des contestataires systématiques dont le but final est de l’éjecter de l’Elysée.

Pari audacieux car le 1er mai une nouvelle alliance se profile entre ces derniers et certains syndicats.

L’ancien monde est désormais de plus en plus en embuscade ; dopé en quelque sorte par la lassitude et le désenchantement qui ont remplacé l’enthousiasme fracassant de la première année du quinquennat.