L’arrogant et les « m’a-tu-vu »

le parisien
Le Parisien

 

Il y  a quelques jours, TF1 a diffusé un film retraçant la victoire de l’Equipe de France lors de la Coupe du Monde. Très gros succès d’audience, mais quel choc !

il y a moins de 6 mois, la joie d’un peuple heureux et fier de dominer le monde ; aujourd’hui, la lassitude d’un pays qui n’en finit pas de traverser cette période, triste comme l’hiver.

               Comme un canard que l’on peut croire sans tête, le mouvement des gilets jaunes poursuit sa marche tourbillonnante et ravageuse dans tous les coins de l’Hexagone. Créé il y a deux mois à cause d’une augmentation de la taxe pétrolière, il s’est poursuivi par des réclamations tous azimuts et prétend désormais s’élever à la hauteur d’un mythe, celui de l’infaillibilité.

Tous les moyens sont bons : les affirmations les plus contradictoires et les plus mensongères précèdent les samedis les plus brutaux. Les fausses nouvelles sont  hélas devenues l’évangile du mouvement, les menaces graves sont monnaie courante et  les saccages constituent l’occupation du samedi. Tout cela alimente sans arrêt les réseaux sociaux et les télés d’information en continue. Non contents de participer à ces poussées de fièvre, les manifestants, combattants d’une nouvelle époque, se prennent en photo  et comptent sur leurs I phones et leurs selfies pour rentrer dans l’ Histoire. Les gilets jaunes sont devenus des « m’as tu vu » .

Peu à peu, mais inéluctablement, le désastre arrive. Et pourtant, rien n’est vraiment dit pour parler de l’économie de notre pays. Elle qui est mise terriblement en danger par cet interminable conflit, alors que le ciel se couvre de partout.

Devant la gravité et l’urgence, une question essentielle se pose : le mouvement des gilets jaunes  peut-il enfin rentrer progressivement dans le rang ?

En théorie deux solutions sont possibles.

La première est une évidence pour la majorité des gilets jaunes :  qu’importe l’élection de 2017 !  Emmanuel Macron doit démissionner car pour eux, leur merveilleux et redoutable rond-point doit l’emporter sur l’urne démocratique.

Comment ne pas voir que leur triomphe serait vraisemblablement une victoire à la Pyrrhus ? En effet, se poserait aussitôt l’interrogation qui fâche : qui pour remplacer le vaincu ? C’est un champ de ruines qui aussitôt apparaîtrait : les potentiels prétendants se sont pratiquement tous décrédibilisés  eux mêmes. Tous, de Le Pen à Mélenchon, en passant par Wauquiez, ont chanté faux. Ce dernier a lourdement abandonné sa traditionnelle parka rouge pour revêtir, comme un Nessus moderne la tunique empoisonnée. Mais pire encore, Jean Luc Mélenchon que la soif de pouvoir a fait  entrer en transe amoureuse pour l’ultra-droitier Eric Drouet…A un point tel que si le créateur de la France insoumise ne se ressaisit pas très vite, il va sombrer dans des précipices comparables à  ceux de Jacques Doriot (1), collaborateur de sinistre mémoire. La soif de pouvoir ne justifie pas tout !

La deuxième solution est plus solide, plus en accord avec le sens de l’équilibre que préfère les Français. Laurent Berger le secrétaire général de la CFDT la préconise depuis de nombreuses semaines.

Cette solution repose sur son constat courageux qui, les semaines passant, est de plus en plus évident : pour lui « il ne faut pas être naïf » le mouvement des gilets jaunes est certes constitué de gens sincères et apolitiques mais il est aussi composé, et plus largement qu’on ne le croit, de factieux d’extrême droite et d’extrême gauche. C’est à dire, clairement, de personnes qui veulent mettre un terme à notre Etat démocratique.

Cette solution de bon sens doit reposer sur une volonté partagée. D’abord celle de l’Exécutif qui devra sans aucune ambiguïté montrer qu’il fait à nouveau confiance aux corps intermédiaires, qu’il recommence à accepter de dialoguer avec les élus locaux et régionaux mais aussi avec les syndicats. Et bien sûr, qu’en retour, ces derniers acceptent un dialogue constructif.

Si ce type de dialogue s’instaure, la contestation des gilets jaunes n’aura pas été du temps perdu. Paradoxalement, et au final, elle aura été une chance. Il est enfin peut-être temps aujourd’hui de sortir de notre détestable postulat mitterrandien selon lequel, jamais opposition et pouvoir élu ne doivent se reconnaître le moindre mérite.

Entre le camp d’un Président que certains disent arrogant et celui des « m’a-tu-vu » des ronds-points, seule, une fois encore, la démocratie représentative fera que la guerre civile,, ne pourra avoir lieu.

Il y a désormais urgence. La volonté de  « raison garder » peut éviter le pire.

 

 

  1. Jacques Doriot (1898-1945)

             « Du communisme à la Collaboration »

                 herodote.net