La ligne rouge

Unknown-2
20 Minutes.fr

 

Les réactions négatives au discours du Premier Ministre étaient prévisibles ..

. L’installation de l’âge pivot de 64 ans pour le départ à la retraite a réussi l’exploit de réunir tous les syndicats contre le projet, y compris le premier d’entre eux, la CFDT.

Les autres propositions gouvernementales sont devenues des sujets de second ordre.

Comment expliquer la généralisation de l’opposition au projet de réforme ?

Ces derniers jours, on mettait en avant les erreurs (voire l’absence) de communication de l’Exécutif ; désormais il faudra plutôt parler de naïveté.

Hier, prioritairement, le Premier ministre s’est d’abord adressé à l’ensemble des Français mais a oublié de donner satisfaction à l’organisme qui , en réalité , tenait dans ses mains le sort de la réforme.

On parle bien évidemment de la C F D T.

Celle-ci, depuis très longtemps est favorable au système à points, mais simplement elle ne voulait pas que la présentation de l’architecture du nouveau système soit perturbée par l’annonce de mesures visant à assurer l’équilibre financier de ce système.

En somme c’était dire : il sera toujours temps de parler financement.

Avec l’annonce de l’installation de l’âge pivot le syndicat réformiste s’est senti trahi et a pu parler de franchissement de ligne rouge. Laurent Berger a vu le piège se refermer sur lui et son organisation !

En effet la C G T n’aurait pas manquer de faire remarquer que l’appui de la CFDT avait permis de faire passer la réforme.

Et elle s’évertuera toujours à faire apparaître les syndicats réformistes comme des alliés objectifs du gouvernement.

Que va t il  maintenant se passer ?

C’est l’opinion publique qui va décider.

Normalement la prochaine journée du 17 décembre sera décisive. Et beaucoup imaginent, qu’en cas de succès, elle se traduira par une reculade complète de l’Exécutif.

Mais cette issue n’est pas certaine, pour au moins trois raisons  :

           La première tient au fait que les bénéficiaires des régimes en vigueur à la SNCF et à la RATP ne suscitent pas beaucoup de sympathie. L’écart est trop important avec le régime général.

Et les contraintes imposées aux usagers par les grèves sont vraiment scandaleuses et constituent en réalité un double déni. Celui d’un vrai service minimum que doit assumer un vrai service public. Celui aussi qu’exige le respect élémentaire de la simple démocratie.

La deuxième c’est que le retrait  de l’essentiel du projet signerait la fin, à long terme, du principe du régime à points. Ce que ne veut certainement pas la CFDT qui depuis de nombreuses années en avait fait une de ses propositions de référence. Ayant prouvé dès hier soir son indépendance en parlant de ligne rouge, elle a désormais l’autorité, vis à vis des syndicats les plus contestataires, pour revenir dans la partie. Et à cette occasion de proposer une négociation sur les 64 ans.

La dernière raison c’est que, dans toute la pagaille actuelle, il n’y a qu’une certitude : Emmanuel Macron aurait tout à perdre d’ une reculade disproportionnée.

Autant pour lui, dire adieu à son quinquennat et à son image de Président réformiste.

Ses opposants lui parlent de la chute de Juppé. Lui, pense à Chirac et à ses deux septennats perdus  qui l’ont transformé en « roi fainéant » selon l’expression de Sarkozy.

La terrible épreuve qui s’annonce aura pour lui un mérite, celui que seules apportent les vraies difficultés. Elle le fera descendre de l’Olympe et, ainsi il perdra son arrogance supposée et deviendra plus proche des Français.

C’est l’arme qui aujourd’hui lui manque.