Au bout du chemin

 

Unknown
Ouest-France

En Corse on est arrivé au bout du chemin ; tout le monde le sait, les gouvernements successifs comme les nationalistes. Aux hésitations continuelles des premiers répondait depuis peu d’années la nouvelle stratégie des seconds : abandon de la violence et, par des glissements successifs, une prise de pouvoir complète et définitive. Au final, la Corse nouvelle serait dans une situation quasiment comparable à celle d’un dominion britannique par rapport à Londres.

Emmanuel Macron aura eu le grand mérite pendant son séjour de faire tomber faux semblants et illusions. Certes les mots définitifs n’ont pas été prononcés, mais ils étaient clairement sous-jacents. Pour lui le temps de la clarification est venu. Soit les Corses acceptent les lois de la République, soit ils quittent cette dernière.

Désormais les deux parties ont le dos au mur.

          Première interpellée, la République. Est-elle prête à accepter une approche « girondine » dans l’organisation de ses institutions ? Cette philosophie va certes dans le sens d’une certaine modernité, et certains États l’ont adoptée et s’en félicitent.

Les choses sont beaucoup plus compliquées pour les Français. Nous sommes les rois du mille-feuille administratif, mais au final notre seul et vrai décideur c’est le pouvoir central. Nous ne supportons pas que l’État soit morcelé . Nous sommes des Gaulois qui crient vouloir se replier sur leur village, mais n’ont de cesse d’exiger de Rome tout et son contraire. D’où notre incompréhension des velléités autonomistes des Corses. Lors de sa campagne électorale Emmanuel Macron se voulait le disciple de Brissot et Condorcet, aujourd’hui il se rapproche clairement des Jacobins  centralisateurs ; Jupiter tend l’oreille vers Robespierre. Il ne fait en cela que suivre la tendance majoritaire constante d’un peuple qui l’a élu à la Présidence et veut par-dessus tout l’unicité du pays.

En face, tout est apparemment plus simple. Une majorité semble s’être dégagée pour que soit entamée la séparation définitive avec la France. En réalité le choix décisif est moins évident, car l’indépendance se heurte à un double obstacle.

               Celui d’abord dressé par l’histoire même de la Corse. L’indépendance de ce peuple n’a jamais été une constante. Avant d’être intégré comme Français à part entière, il a été la plupart du temps placé sous la domination de puissances étrangères : les Maures, la République de Pise, la République de Gênes, la Couronne d’Aragon, et le Royaume de France. En réalité, que cela leur plaise ou non, la gloire, les Corses ne l’ont rencontrée pour l’essentiel qu’en participant à l’Histoire de la France. Que  ce soit avec l’épopée napoléonienne ou récemment dans la lutte pour la libération de la France.

            Le deuxième obstacle c’est celui dressé par les réalités économiques. Tous les Corses en sont bien conscients. Malgré les inconvénients actuels, ils savent bien que la séparation avec la France entraînerait dans l’Île un véritable désastre économique. Le nouveau pays, n’ayant plus derrière lui toutes les forces bénéfiques de l’Hexagone, verrait  très vite son un niveau de vie sombrer.

Tous les Corses redoutent cette chute. C’est si vrai qu’ils se sont bien gardés d’accepter le référendum d’indépendance que leur avait proposé Raymond Barre en I976. Jusqu’à preuve du contraire, ils préfèrent pratiquer ce que certains appellent « la politique de l’élastique », c’est à dire toujours demander plus, jusqu’au jour où l’on devine que l’on a trop tiré et que la rupture est imminente.

Ce jeu est un art ancien, mais il est très dangereux et l’on sent bien que l’on arrive au bout du chemin.  La ligne autoritaire proclamée le Président à Ajaccio et à Bastia, impose aujourd’hui un choix sans ambiguïté. Les indépendantistes et les autonomistes sont clairement prévenus. Les insulaires peuvent prendre leur indépendance, mais l’État n’ira pas plus loin dans le compromis ; et ceci d’autant plus que les continentaux dans leur grande majorité sont fatigués des menaces, des chantages et des subventions, sans cesse croissantes, au seul profit de la plus belle des îles. Les légions de Corses « exilés » sur le territoire métropolitain se feront un plaisir de leur en apporter la  confirmation.