Vaste défi

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Aujourd’hui on a l’impression que les réseaux sociaux sont les maîtres du monde. Leur audience est énorme et leurs « news », sans véritables cribles, sont perçues comme « paroles d’ évangile ». Aujourd’hui, grâce au Web, les anonymes découvrent leur nouveau pouvoir et en jouent sans retenue. 

En face, les médias traditionnels ( presse écrite, radios et même télévision) sont à la traîne et ont trop souvent l’image de simples et poussifs suiveurs. Ils doivent partager le quatrième pouvoir avec des sortes de pirates ; hypothèse  proprement inimaginable il y a une dizaine d’année. Pire, le désamour du public à leur égard semble grandir chaque jour davantage, tant leur proximité supposée avec le personnel politique constitue un véritable handicap.

Ce constat apocalyptique pour les anciens supports est  exagéré, mais il indique une tendance de fond qui, jusqu’à ces dernières semaines, semblait irréversible.

                 En ce début d’année, il faut toutefois noter deux rayons de soleil dans le ciel plombé, suspendu au dessus du pays de l’information classique.Ce soleil inattendu c’est d’abord un sondage, mais aussi un film à succès.

Le sondage c’est celui que l’institut Kantar-TNS vient d’effectuer pour le journal La Croix. Les résultats de cette étude sont clairs et spectaculaires.

Son enseignement essentiel est surprenant : les « vieux » médias redressent la tête. Alors que depuis de nombreuses années la confiance qu’ils suscitaient , s’affichait de plus en plus à la baisse. C ’est tout le contraire que l’on constate en ce début d’année.

Le sursaut est spectaculaire : la confiance du public à leur égard passe globalement de 46 à 60% en quelques mois.  Chiffre d’autant plus intéressant que dans le même temps la défiance envers les réseaux sociaux s’accroit, elle, de 5 points. La crédibilité de leurs informations est en moyenne deux fois plus forte que celle en provenance d’Internet. Ce retour en grâce démontre un véritable appétit pour l’information de qualité.

Ce renouveau est non seulement spectaculaire mais  il est aussi paradoxal. En effet, cette préférence est pour le moment un simple succès d’estime car dans le même temps la diffusion payante de la presse écrite continue sa descente aux enfers, à un rythme de plus en plus accéléré.

                      Le deuxième rayon de soleil est encore plus inattendu . C’est le signe donné par le succès du nouveau film de Steven Spielberg « Pentagone papers ». Cette production réhabilite le rôle et la qualité du travail des journalistes professionnels. Il montre,( en creux en quelque sorte), la différence énorme qu’il y a entre le professionnalisme et le monde des ragots. Le premier implique exigence technique, responsabilité et parfois courage.

Les spectateurs apprécient, car aujourd’hui la ligne jaune est maintes fois franchie entre les deux univers. Le succès des réseaux sociaux s’apparente trop souvent à une dictature de la parole irresponsable.

Ce rebond inespéré des anciens maîtres de l’information, ne doit pas les bercer d’illusions et les précipiter dans l’euphorie.       Pour que ce renouveau se pérennise il faudra que les médias restent fidèles à leur code génétique que vient de rappeler « Pentagone papers » : la vérité assumée, même au risque de déplaire. Le défi est à tous les niveaux. Que ce soit face au pouvoir central ou au pouvoir local parfois plus exigeant encore ; que ce soit dans l’univers politique ou dans celui du commerce ou de l’économie. Et il leur faudra en même temps se réinventer, innover encore plus, compenser leur cherté ( dans le cas de la Presse écrite) pour gagner l’affrontement généré par les guerriers de l’ombre et d’Internet.

Vaste défi à l’issue déjà bien compromise, hélas!