La déprime

La France malade ! C’est évident depuis près un an que nous sommes confrontés aux assauts renouvelés de la Covid 19. L’attaque nous a surpris dans un premier temps, nous pensions qu’elle n’oserait pas nous affronter. Nous étions trop forts, trop hauts, trop armés. Mais notre insouciance, notre indiscipline, nos errements, nos entêtements administratifs, notre suffisance nous ont placés parmi les élèves très moyens de la classe.

Le bilan est là, médiocre : avec 70 millions d’habitants nous enregistrons   51.000 morts, alors que dans le même temps l’Allemagne en compte 15.000, avec pourtant pour 13.000.000 d’habitants en plus. 

Les sceptiques, les complotistes, voire la grande majorité des plus jeunes relativisent ces chiffres de malheur :  pas de quoi fouetter un chat, ce ne sont que des vieux fragiles qui vont disparaître !

Malade physiquement, la France est aussi sur le point de tomber en dépression et cela pour plusieurs raisons.

       La première, c’est bien évidemment l’épidémie. Mais, tout aussi fortes et déséquilibrantes, s’enracinent chaque jour davantage les fractures entre les différentes communautés de plus en plus confinées et prisonnières de leurs religions ou de leurs adhésions politiques.

 Chrétiens et musulmans s’observent et se méfient les uns des autres ; les partis politiques éclatent en tendances ou génèrent de nouvelles structures partisanes. Les descendants directs des peuples gaulois ou européens ostracisent les nouveaux venus d’Afrique ou d’ailleurs ( et vice et versa ). De la même façon que les prétendus héritiers des Lumières donnent des leçons de liberté aux tenants des traditions républicaines à l’ancienne ( vice et versa …ici encore).

Nous sommes d’accord sur bien peu de choses, si ce n’est sur notre manie de critiquer toujours et presque tout.

 Mais surprise, dans cette période de crise, d’aigreur et de spleen, nous avons dégotté un nouveau maître tout puissant : le réseau social et son arme fatale, le téléphone portable et son application photo.

Avec ce merveilleux appareil, les litiges, les accusations de toutes sortes et les jugements accélérés  fleurissent.. Avec les réseaux sociaux, ainsi armés, les vidéos vont peu à peu rendre inutile les juridictions pénales ( de la même façon qu’elles font, peu à peu, disparaître la presse écrite véritable instrument de la démocratie).

C’est ainsi que le quarteron de policiers qui ( au mépris des règles de droit élémentaires) a passé à tabac Michel Zecler ,le producteur de rap à la française, aurait dû ne pas oublier que les forces de l’ordre sont à la merci des téléphones portables.

Désormais, et quelque soit l’urgence de leurs actions, les policiers devront réfléchir avant de mal agir, et s’inspirer uniquement du commissaire Maigret et surtout pas des descendants de la milice de Joseph Darnand .

Tous nos politiques et la majorité des Français sont d’accord avec le Président : « les images de cette interpellation nous font honte ». Il n’empêche que nous avons l’impression que bien des choses restent encore à éclaircir et qu’on est avide, par exemple, de comprendre pourquoi la seule absence de masque à conduit le fautif a se réfugier à vive allure dans les locaux de son entreprise. Le « portable » ne remplacera jamais et heureusement une belle instruction judiciaire.

Cette très malheureuse affaire n’a pas fini de faire parler d’elle car l’environnement actuel est particulièrement explosif. La loi en discussion sur la Sécurité globale va alimenter le feu car elle est portée par deux objectifs contradictoires : d’une part la protection de la liberté de la presse et d’autre part la protection des forces de l’ordre. Doit-on donner la priorité à l’un de ces deux objectifs alors que dans le même temps un vrai et grave problème préoccupe la très grande majorité des Français : celui de l’autorité de l’Etat ?

Plus personne ne doute que sous sommes arrivés à un point critique. Celui où à force de « tirer sur l’élastique » celui-ci va se rompre. Au cas précis, ne sommes nous pas à l’heure où, trop c’est trop, à l’heure où les policiers et les gendarmes mettront bas les armes ?

 Parce qu’ils en ont assez d’être de plus en plus violemment agressés dans l’exercice de leurs fonctions. 

Si ce renoncement se produit,( et l’on en devine de plus en plus souvent, mezzo voce, l’envie qui monte) c’est notre démocratie qui sera en grand danger.

Cela réjouira vraisemblablement les diverses petites minorités qui prennent la République comme un vulgaire territoire à assujéttir. Cela effraiera ceux, ( de très loin majoritaires) qui, soudain, découvriront qu’il n’y a pas pire divorce que celui qui peut éclater entre les citoyens et leurs forces de l’ordre;

La déprime se transformera alors en peur panique.

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